Le chemin de Stevenson, aussi appelé GR70, s’étend sur 272 kilomètres entre Le Puy-en-Velay et Alès. Sa difficulté est classée modérée à soutenue : les étapes varient entre 13 et 28 kilomètres, avec un dénivelé cumulé positif de 7650 mètres répartis sur 12 jours de marche. Ce n’est pas une randonnée facile, mais elle reste accessible à tout randonneur ayant une expérience préalable et capable d’enchaîner plusieurs jours de marche consécutifs.
Imaginez-vous marcher dans les ruelles oubliées du Velay au lever du soleil, puis gravir progressivement les pentes du Mont-Lozère où le vent souffle librement à 1699 mètres d’altitude. C’est l’essence du chemin de Stevenson : une aventure progressive qui vous transforme jour après jour. Robert Louis Stevenson l’a parcourue en 1878 avec son ânesse Modestine, et aujourd’hui, des milliers de randonneurs suivent ses traces chaque année. Mais avant de vous lancer, il faut comprendre ce qui vous attend vraiment.
🥾 Qui peut faire le chemin de Stevenson ?
Le chemin de Stevenson n’est pas réservé aux alpinistes ou aux ultra-marathoniens. Cependant, il demande une préparation sérieuse. Vous devez avoir une condition physique correcte et, surtout, une expérience de la randonnée itinérante — c’est-à-dire avoir déjà marché plusieurs jours consécutifs avec un sac à dos.
Les randonneurs réguliers qui font des sorties de 15-20 km le week-end trouveront le chemin de Stevenson accessible, à condition de s’être préparés progressivement. Les débutants complets, même très motivés, risquent de souffrir dès les premières étapes. Les étapes autour du Mont-Lozère sont particulièrement exigeantes : elles combinent longueur (jusqu’à 29 km entre Pont-de-Montvert et Florac) et dénivelé important, notamment l’étape Le Bleymard-Pont-de-Montvert avec ses 820 mètres positifs sur 20 kilomètres.
Si vous avez des doutes sur votre condition physique, commencez par tester votre endurance sur des randonnées d’une journée de 20-25 km avec dénivelé. Si vous les terminez sans épuisement excessif, vous êtes sur la bonne voie.
📊 Les chiffres clés : distance, dénivelé, durée
Distance totale : 272 kilomètres du Puy-en-Velay à Alès (ou 252 km jusqu’à Saint-Jean-du-Gard si vous raccourcissez).
Dénivelé cumulé positif : 7650 mètres. C’est le chiffre qui fait peur, et à juste titre. Pour vous donner une perspective : c’est comme monter et descendre le Mont-Blanc deux fois et demie. Ce dénivelé n’est jamais brutal sur une seule étape, mais il s’accumule jour après jour.
Durée : 12 jours de marche minimum pour parcourir l’intégralité du chemin. La plupart des randonneurs prennent 14-15 jours pour profiter davantage et récupérer. Chaque étape demande entre 5 et 8 heures de marche selon le terrain et votre rythme.
Altitude : vous partez à 130 mètres (vallée) et montez jusqu’à 1699 mètres au sommet du Finiels sur le Mont-Lozère. Cette variation d’altitude progressive est l’une des raisons pour lesquelles le chemin est faisable : vous ne grimpez pas d’un coup, vous vous acclimatez graduellement.
⛰️ Les étapes les plus difficiles : où vous souffrirez vraiment
Toutes les étapes ne sont pas égales. Voici les passages qui demandent le plus d’effort :
- Le Bleymard → Pont-de-Montvert (20 km, +820 m) : C’est l’apogée du défi physique. Vous montez régulièrement, sans vraiment de pause, et le terrain devient rocheux. Beaucoup de randonneurs la décrivent comme l’étape la plus dure du parcours.
- Pont-de-Montvert → Florac (29 km, dénivelé important) : L’étape la plus longue du chemin. Même si le dénivelé n’est pas le plus élevé, la distance cumulée à la fatigue accumulée rend cette journée très exigeante.
- Monastier-sur-Gazeille → Bouchet-Saint-Nicolas (24 km, +95 m) : Longue mais moins pentue. Le problème ici est la distance brute : si vous n’êtes pas habitué à marcher 24 km d’affilée, vous le sentirez.
- Bouchet-Saint-Nicolas → Langogne (27 km, -110 m) : Longue descente. Les descentes usent les genoux et les chevilles plus que les montées. Prévoyez des bâtons de randonnée.
Les étapes du Velay (premières 3 étapes) sont généralement plus faciles que celles du Gévaudan et des Cévennes. Si vous réussissez à passer le Mont-Lozère sans trop de casse, le reste devient psychologiquement plus facile.
🗺️ Les trois régions : des défis différents
Le Velay (étapes 1-3) : Plateaux volcaniques, paysages ouverts, dénivelés modérés. C’est votre période d’adaptation. Les étapes sont longues mais pas trop pentues. Vous découvrez votre rythme, testez votre équipement, vérifiez que vos chaussures ne vous font pas mal.
Le Gévaudan et la Margeride (étapes 4-8) : Landes, forêts, terrain plus sauvage. Les dénivelés augmentent progressivement. C’est ici que vous commencez à sentir la fatigue accumulée. Le Mont-Lozère culmine à 1699 mètres et offre des vues spectaculaires, mais la montée est progressive et exigeante.
Les Cévennes (étapes 10-12) : Paysage méditerranéen, châtaigneraies, vallées encaissées. Les étapes sont généralement plus courtes (13-24 km) et moins pentues que celles du Lozère. C’est la phase de récupération relative, même si le terrain reste technique.
💪 Préparation physique : comment vous préparer vraiment
Ne sous-estimez pas la préparation. Voici un plan concret :
- 3 mois avant : Commencez des randonnées de 15-20 km une fois par semaine, avec dénivelé si possible. Testez votre équipement en conditions réelles.
- 2 mois avant : Augmentez progressivement à 20-25 km. Faites au moins une randonnée de 25+ km pour vérifier que vous pouvez enchaîner les jours.
- 1 mois avant : Faites une randonnée de 2-3 jours consécutifs si possible. C’est le meilleur test : vous verrez comment votre corps réagit à la fatigue accumulée.
- 2 semaines avant : Réduisez l’intensité. Faites des randonnées courtes (10-15 km) pour maintenir la forme sans vous épuiser.
Travaillez aussi les jambes en salle : squats, fentes, montées d’escaliers. Renforcez vos chevilles et vos genoux — ce sont les articulations qui souffrent le plus sur un long chemin.
🎒 Équipement essentiel pour ne pas souffrir inutilement
L’équipement fait la différence entre une belle aventure et un calvaire. Voici ce qui compte vraiment :
- Chaussures de randonnée : Imperméables, avec bonnes semelles et maintien de la cheville. Testez-les sur au moins 50 km avant le départ. Les ampoules sont votre pire ennemi sur 12 jours.
- Sac à dos : 35-55 litres selon votre gabarit. Bien réglé, il doit reposer sur vos hanches, pas sur vos épaules. Un sac mal ajusté ruine votre dos.
- Bâtons de randonnée : Essentiels pour les descentes. Ils réduisent l’impact sur les genoux de 25-30 %.
- Vêtements en couches : T-shirt technique, polaire, veste imperméable. Les Cévennes et le Lozère peuvent être froides même en été, et la météo change vite en altitude.
- Chaussettes de randonnée : Mérinos ou synthétique, jamais coton. Changez-les chaque jour ou portez deux paires pour alterner.
Beaucoup de randonneurs choisissent de faire porter leurs bagages d’étape en étape (service proposé par les agences). Cela réduit votre sac à 8-10 kg au lieu de 15-20 kg. C’est un investissement qui vaut vraiment le coup pour votre dos et vos genoux.
📅 Meilleure période pour partir
La saison compte beaucoup pour votre expérience :
- Mai-juin : Paysages fleuris, températures agréables (15-20°C). Les hébergements commencent à être disponibles. Attention : certains gîtes ne sont pas encore ouverts.
- Juillet-août : Chaud dans les vallées (25-30°C), mais frais en altitude. Très fréquenté. Réservez vos hébergements bien à l’avance.
- Septembre-octobre : Idéal. Températures parfaites (15-22°C), couleurs d’automne spectaculaires dans les châtaigneraies, moins de monde. C’est quand Stevenson l’a fait.
- Novembre-mars : À éviter. Beaucoup d’hébergements ferment, le Mont-Lozère peut être enneigé ou verglacé, et les conditions météorologiques sont imprévisibles.
🧭 Navigation et balisage : vous ne vous perdrez pas
Le GR70 est l’un des sentiers les mieux balisés de France. Les marques blanches et rouges sont omniprésentes. Cependant, le chemin croise d’autres GR à plusieurs reprises. Restez vigilant pour ne pas suivre un autre balisage par erreur.
Emportez une carte IGN papier et un topoguide détaillé. Une application GPS (MyChamina, Visorando, AllTrails) est un excellent complément. Même avec un bon balisage, une carte vous rassure et vous aide à comprendre le terrain.
❓ FAQ : vos vraies questions
Q : Je suis un marcheur moyen. Puis-je faire le chemin de Stevenson ?
R : Oui, si vous avez déjà marché 20 km ou plus en une journée et que vous êtes capable d’enchaîner plusieurs jours de randonnée. Préparez-vous sérieusement pendant 2-3 mois. Les étapes du Velay vous permettront de vous adapter progressivement. Si vous souffrez dès les premiers jours, vous pouvez raccourcir votre parcours en prenant un bus pour sauter une étape.
Q : Combien de temps faut-il pour récupérer après le chemin ?
R : La plupart des randonneurs se sentent normaux après 3 à 5 jours. Les muscles restent fatigués pendant une semaine. Prenez un jour de repos après votre arrivée, puis reprenez progressivement l’activité physique.
Q : Peut-on faire le chemin avec un âne comme Stevenson ?
R : Oui. De nombreuses agences proposent des ânes de bât. L’âne porte vos affaires (10-15 kg), ce qui réduit considérablement la difficulté. C’est une excellente option si vous avez des doutes sur votre condition physique ou si vous voyagez en famille.
Q : Quel est le meilleur moment pour partir si je suis débutant ?
R : Septembre-octobre. Les températures sont parfaites, il y a moins de monde, et les paysages sont magnifiques. Vous aurez plus de calme pour vous adapter au rythme de la randonnée itinérante.
Q : Dois-je faire le chemin en entier ou puis-je le diviser ?
R : Vous pouvez le diviser en deux portions : Puy-en-Velay → Chasseradès (7 jours) et Chasseradès → Saint-Jean-du-Gard (8 jours). Cela vous permet de tester votre condition physique sur la première partie avant de vous engager sur la seconde, qui est plus difficile.
🎯 Conclusion : lancez-vous, mais préparés
Le chemin de Stevenson n’est pas une randonnée facile, mais c’est une randonnée faisable pour quiconque accepte de se préparer sérieusement. La clé est la progressivité : vous ne grimpez pas d’un coup, vous vous adaptez jour après jour. Les trois premières étapes du Velay sont votre période d’acclimatation. Si vous les terminez sans trop de casse, vous avez 90 % de chances de réussir le reste.
Commencez votre préparation maintenant, testez votre équipement, faites des randonnées progressives. Et surtout, ne partez pas seul si c’est votre première longue randonnée itinérante. Rejoindre un groupe ou engager un accompagnateur vous donnera confiance et vous permettra d’apprendre les bons gestes.
Découvrez aussi les villages cévenols qui jalonnent votre route pour enrichir votre expérience culturelle. Et si vous voyagez en automne, consultez notre guide sur les meilleures périodes pour randonner en France.

